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La toilette en EHPAD : un challenge quotidien pour les équipes

Le 19/02/2019
DFree - Dans le monde de l’EHPAD, la toilette est un continent sous-développé

Il y a une doléance que vous entendez souvent. Dans votre bureau défilent des infirmier(ère)s, des aides-soignant(e)s ou même des cadres de santé qui partagent le même constat. En EHPAD, la toilette des personnes âgées pèse sur le quotidien du personnel soignant. Elle puise sur leurs ressources physiques. C’est de loin la tâche la plus délicate à pratiquer. La plus répétitive aussi en raison du nombre croissant de patients qu’affecte l’incontinence urinaire. L’histoire de la médecine est une histoire de progrès. Mais votre expérience vous a également appris qu’il n’est pas toujours facile d’améliorer la qualité des soins à la personne. Parfois par manque de budget, de temps ou de solutions concrètes. D’autres alternatives à l’incontinence ont été mises sur pied et permettraient d’améliorer sensiblement la toilette en allégeant la charge de votre personnel soignant.

Hard way to care

Entre deux tâches administratives, les mêmes histoires vous reviennent à la pêle. Celle de Marc, infirmier, qui après 10 ans d’exercice a développé des troubles musculo-squelettiques aux épaules et aux poignets. Le zèle de faire la toilette jusqu’à 3 fois par jour d’un patient incontinent est toujours là, mais la force un peu moins. En déplaçant un patient des toilettes à son fauteuil roulant, Stéphanie, elle, a été arrêtée pour hernie discale. Et deux fois par semaine, votre cadre de santé peste face à un turn-over difficilement gérable du personnel.

Vous le savez mieux que d’autres, le soin à la personne est une tâche difficile. Vous êtes passé par là. Selon une étude japonaise, 64% des soignants déclarent que la toilette est le soin le plus difficile à réaliser. Accompagner des patients jusqu’aux toilettes est plus physiquement éprouvant qu’on ne le pense. En cas d’accident, il faut pouvoir changer les draps, les vêtements, ce qui requiert un temps certain. Jusqu’à 30 minutes par patient selon le degré de dépendance. Un temps qui réduit comme peau de chagrin les autres soins infirmiers et le lien social. Et paradoxalement, ce temps dédié est aussi le plus important pour le patient concerné. Puisqu’il touche à sa propre dignité.

Le remède miracle aux soins de toilette ?

Les solutions d’hier ne seront peut-être plus celles d’aujourd’hui. Pendant longtemps, le recours aux protections hygiéniques dans les hôpitaux n’a pas toujours été de la plus grande efficience. Leur facture mensuelle s’est alourdie. En EHPAD, le budget représente près de 1000€ par mois. En parallèle, elles ont pu créer un cercle vicieux. L’acte systématique de fournir des protections aux patients qui n’en avaient pas besoin a pu déclencher l’effet inverse. Vous avez vu des patients perdre progressivement leur autonomie alors qu’ils pouvaient encore se déplacer.  L’équation est simple avec les protections : les toilettes sont plus nombreuses. Le temps se réduit.

C’est vrai, LA solution miracle au soin de l’incontinence est un mouton à cinq pattes. Elle n’existe pas vraiment. Se passer des protections n’est pas non plus une option. Il existe néanmoins des solutions alternatives qui sont fraîchement arrivées sur le marché sanitaire. Elles allègent la charge des patients. Rien qu’un gain de 10 minutes par toilette permet aux infirmiers d’effectuer d’autres soins et d’apaiser leur frustration en ne réduisant pas leurs actes à du nursing. Car recréer du lien humain et social, n’est-ce pas ce pour quoi ils ont signé ?

Cette solution repose sur une meilleure compréhension du cycle urinaire des résidents, et une individualisation des protocoles de soins d’incontinence à travers la mise en place de projet d’établissement dédiés. Un léger battement d’ailes pour un effet papillon : continuer à améliorer la prise en charge en valorisant la dignité des résidents et le travail des soignants.

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