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Les tours de change et toilettes en gériatrie, tâche ou service ?

Le 26/03/2019
Dfree - Les tours de change et toilettes en gériatrie, tâche ou service ?

En EHPAD, 91% des résidents ont besoin d’une aide pour la toilette et 83% pour l’habillage, selon une étude de la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES) publiée fin 2014. En parallèle, la prévalence de l’incontinence atteint, selon l’Association Française d’Urologie, entre 50 et 70% des sujets âgés vivant en institution, avec une proportion plus importante de patients/résidents incontinents chez les personnes les plus fragiles ou atteintes de maladie neuro-dégénérative (GIR1)*. Ces éléments expliquent que les toilettes des résidents sont devenues très chronophages pour les aides-soignants : sur une journée, elles représentent 3 heures. Soit presqu’un tiers de leurs temps de travail.

La toilette : temps privilégié ou tâche automatisée ?

Si l’on demande à un aide-soignant le temps nécessaire à la réalisation d’une toilette complète d’un résident, sa réponse oscillerait entre 30 et 45 minutes. Bien plus que n’accorde la réalité qui – sans chiffre officiel mais en consolidant plusieurs témoignages – se situe entre 15 et 20 minutes avec de tristes records rapportés vers les 6 minutes… Et la toilette n’est pas seulement l’acte de laver le patient. Il faut vérifier le plan de soins, savoir répondre aux petites sollicitations des résidents, aider au lever, déshabillage, vérifier les affaires, aider au séchage, à l’habillage, au coiffage, rasage, parfois maquillage, la réfection du lit, resécuriser l’environnement si nécessaire… Et pour les résidents, le temps de toilette sera également parfois la seule visite de la journée. C’est donc un temps qui se devrait d’être privilégié entre le résident et le soignant qui par sa vocation se met au service des autres.

Cette inadéquation entre temps souhaité et temps réel s’explique par un cercle vicieux, alimenté par une baisse d’effectif avec un fort taux de turn-over, l’automatisation des tâches et les enjeux de financement de la filière gériatrique, avec pour conséquence une baisse de motivation des équipes. De surcroît, des résidents pointent le manque d’information et d’échanges avec le personnel. En effet, selon l’étude de l’ANESM (Agence Nationale de l’Evaluation et de la qualité des Etablissements et services Sociaux et Médico-Sociaux) 39% des résidents regrettent le manque d’attention du personnel à leur égard.

Les soins liés à l’incontinence en toile de fond

Le déploiement à grande échelle des protections pour adultes a effectivement su répondre au besoin exprimé par la nécessité de trouver une solution pour réduire le nettoyage des surfaces souillées par les incontinences urinaires et fécales. Mais en contrepartie, cela a induit une généralisation de la mise de protections chez les résidents, a contribué à l’automatisation chronométrable de la toilette avec de nouveaux enjeux mis à jour concernant la dignité des résidents, aux problèmes dermatologiques lors de contacts prolongés avec l’urine, et in-fine à l’augmentation des coûts de financement des protections.

Les protections ont certes des avantages indéniables pour certains résidents, mais cette nouvelle ‘normalité’ n’aurait-elle pas bridé l’esprit d’innovation pour développer de nouveaux outils liés à l’incontinence ? Alors que de nouvelles approches non-médicamenteuses sont développées par dizaines pour l’amélioration de la qualité de vie des patients et résidents (art-thérapie, balnéothérapie, animal thérapie, robot thérapie, musico-thérapie, jardins thérapeutiques, espaces sensoriels…), rien n’avait jusqu’à présent été développé pour mieux gérer l’incontinence.

Et si la toilette redevenait un service personnalisé ? Et si certains résidents pouvaient bénéficier de protocoles individuels pour les aider à mieux gérer leur incontinence tout en faisant gagner du temps aux soignants ? Pour faire gagner ces 5 petites minutes qui font la différence entre une tâche dévalorisante et une tâche valorisée par une relation améliorée soignant-soigné. Alors cela pourrait engendrer moins de turn-over et d’absentéisme, une meilleure gestion des équipes, de nouveaux recrutements, et des résidents mieux entourés. Et si on y arrivait ?

Sources • *DREES, Enquête EHPA 2007.

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