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Prise en charge de l’incontinence urinaire en EHPAD : 5 conduites à éviter

Le 03/04/2019
DFree - Prise en charge de l'incontinence urinaire en EHPAD : 5 conduites à éviter

Qu’elle soit un motif d’entrée ou qu’elle survienne après l’admission, l’incontinence urinaire est une problématique majeure en EHPAD. Une problématique, qui plus est, semble universelle. Et nous sommes bien placés pour le savoir. Depuis le lancement de l’appareil connecté DFree au Japon contre l’incontinence urinaire nous avons fait le déplacement dans plus de 200 établissements. Rien que dans l’Hexagone, la prévalence de l’incontinence urinaire en EHPAD dépasse de loin les 50 %. En tous lieux, la prise en charge et la compréhension des troubles de la miction est complexe. Dans les soins d’incontinence au Japon, nous avons constaté beaucoup de comportements inadaptés. Il est utile de les connaître pour éviter d’adopter les mêmes en France et ailleurs. Cette mauvaise gestion entrave la qualité et l’efficacité des soins et touche parfois la dignité des patients. Quelles sont ces pratiques et quelles leçons pouvons-nous en tirer ?  

1 – Le recours massif aux protections urinaires

Au Japon, dès l’arrivée des premières fuites urinaires, les équipes soignantes des EHPAD n’ont souvent pas d’autres choix que d’avoir recours aux protections hygiéniques. Puis par manque de temps, elles systématisent leur usage. L’acte d’uriner est une activité primaire chez l’Homme. Une fois qu’il prend le pli d’utiliser des protections, on s’aperçoit qu’il perd progressivement sa capacité à se rendre aux toilettes de manière autonome. Utiliser les protections de façon systématique revient à créer un cercle vicieux sur le long terme où le résident devient de moins en moins continent et a toujours plus besoin de protections urinaires. Pour la qualité de vie de certains patients, un traitement médical approprié ou bien la rééducation vaut mieux que l’utilisation de protections.

2 – Des réactions démesurées face à l’incontinence

Dans une étude récente sur les patients atteints de maladies graves aux États-Unis, 68% des participants ont répondu que l’incontinence est aussi douloureuse que la mort. Sur le plan psychologique, entendons-nous. Au Japon, réagir de façon démesurée face à une fuite urinaire heurte considérablement la sensibilité du patient. L’encourager également. Pour les soignants, il n’est pas toujours facile de savoir comment réagir face à cette situation que nous pouvons également souvent retrouver en France. Le mieux reste de réagir avec humilité, sans dramatiser, et d’agir rapidement.

3 – Observer un patient uriner

En EHPAD, aides-soignants et infirmiers doivent accompagner quotidiennement les patients incontinents jusqu’aux toilettes. Pour s’assurer qu’ils vident correctement leurs vessies, pour éviter les chutes ou pour vérifier leur fréquence de mictions, bon nombre de soignants sont amenés à rester dans la même pièce lorsque les patients se soulagent. Il faut savoir que pour uriner correctement, le patient doit solliciter le nerf parasympathique. Un acte rendu possible dans un climat de détente. Dans le cas contraire, il est plus difficile d’uriner lorsque le patient se sent observé. Le plus souvent possible, il est préférable de respecter l’intimité du patient incontinent en sortant des toilettes.

4- Une grande attention portée sur l’évacuation d’urine

La fréquence urinaire repose sur un cycle d’accumulation et d’évacuation de l’urine. Mais de ce que nous avons remarqué en EHPAD au Japon, l’attention se concentre surtout sur la seconde partie. Il arrive fréquemment que l’on demande aux patients incontinents s’ils se sont rendus aux toilettes ou si la protection hygiénique est souillée. Pourtant, si la fréquence de mictions d’un patient est trop élevée, ils peuvent perdre leur capacité à emmagasiner l’urine. Rappelons qu’un rythme mictionnel normal varie entre 6 à 7 fois par jour et 0 à 1 fois la nuit. Conserver une fréquence d’accumulation et d’évacuation normale est donc primordial.

5 – Déshydratation et hyperhydratation

Dans l’imaginaire collectif, boire beaucoup d’eau est associé à une santé saine. Pourtant, le premier facteur de la polyurie est l’hyperhydratation. La polyurie est l’augmentation du volume urinaire. On parle de polyurie lorsqu’un patient urine plus de 3 litres par jour. L’hyperhydratation provoque notamment une déshydratation du corps qu’on doit à un déséquilibre du taux de sodium dans le sang, ainsi que des dysfonctionnements rénaux.

En règle générale, il faut boire l’équivalent de 3 % du poids du corps. Si un résident pèse 70 kilos, il lui faudra boire l’équivalent de 2,1 L d’eau.

À l’inverse, d’autres patients incontinents adoptent le réflexe opposé qui consiste à éviter de boire par crainte de nouvelles fuites urinaires.

En cas d’incontinence, la déshydratation est tout aussi mauvaise que l’hyperhydratation, car toutes deux perturbent fortement les cycles mictionnels.

Pour la dignité du patient incontinent ainsi que pour la qualité des soins en EHPAD, l’expérience japonaise a démontré qu’éliminer ces 5 pratiques est le gage d’un meilleur service de soin. En France comme ailleurs, même si toutes les pistes ne sont peut-être pas applicables de la même façon qu’au Japon, on gagnerait à s’inspirer de ces conseils. Ceci, pour permettre à certains individus moins dépendants de retrouver un rythme normal de miction et de fait, une meilleure qualité de vie.

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